2007 se jouera sur le chômage
La dynamique porte-parole de l’UMP, Valérie Pécresse, en est consciente et ne l’a pas envoyé dire : «Nous sommes tous persuadés que la capacité de l’UMP à être réélue en 2007 ou à porter un candidat à la présidence de
la République sera uniquement corrélée à la situation de l’emploi.»
Cela tombait bien, car le petit déjeuner de rentrée du 21 septembre du club Lamennais, présidé par Noël Clavelloux, président du Conseil national des Ingénieurs et des Scientifiques de France, et animé par François Gervais, rédacteur en chef de
la Lettre Horizons politiques, avait précisément comme thème «la politique de l’emploi». Cette rencontre a permis ainsi à la porte-parole de l’UMP de remettre les pendules à l’heure.
Pour résumer, Valérie Pécresse estime qu’il convient que le chef du gouvernement parvienne à faire baisser «continûment» le chômage dans les 18 prochains mois. Mais elle estime que, compte tenu de la situation qui, objectivement, n’est pas bonne avec des contraintes financières énormes, «il faudra engager des réformes structurelles qui devront être validées en 2007». Evoquant les dernières élections en Allemagne, la porte-parole de l’UMP a estimé que les électeurs allemands avaient voté à 80% pour les réformes.
Cela justifie la poursuite de la politique de réformes engagée par l’actuel gouvernement français. «L’Allemagne va continuer à se réformer, on ne peut pas perdre 18 mois», a-t-elle dit. La discussion est allée bon train avec les ingénieurs sur l’urgence des réformes, le rôle des parlementaires et des syndicats, et l’image de marque des «libéraux».
A propos du plan d’urgence pour l’emploi qui a commencé en juillet, et la formule proposée du Contrat Nouvelle Embauche(CNE), dénoncée par l’opposition comme facteur de «précarité du travail», Valérie Pécresse a reconnu que le Premier ministre avait eu une formule malheureuse (que je lui ai reprochée, a-t-elle précisé) en parlant de «période d’essai de 2 ans». «Borloo et Villepin parlent désormais de montée en charge progressive des droits des salariés pendant 2 ans.» Car le Contrat Nouvelle Embauche, qui s’inspire du modèle danois, donne effectivement au chef d’entreprise la liberté totale de licencier avec, en contrepartie pour le salarié, un contrat à durée indéterminée.
Cette opportunité est à mettre au regard de la situation actuelle qui n’est guère profitable aux salariés travaillant dans les très petites entreprises, a souligné Valérie Pécresse. «70% d’entre eux sont en contrat à durée déterminée et la moitié de ceux-là ont des contrats de moins d’1 mois, et l’autre moitié des contrats de 4 mois», affirme la porte-parole de l’UMP. «Le bilan qui vient d’être tiré par le gouvernement en septembre de l’application du CNE, prouve que c’est plutôt une bonne mesure, a-t-elle ajouté, car il y en a 30 000* de signés alors que le CNE n’existe que depuis le 2 août !»
Le retour aux emplois aidés pour les jeunes
Autre mea culpa de la députée des Yvelines : le gouvernement aurait mieux fait, en 2002, de ne pas supprimer les emplois jeunes. «On a peut-être fait une bêtise», admet-elle. «Cela est dû, en partie, reconnaît-elle, à la pratique de l’alternance politique et au changement de lois hystérique tous les 5 ans ». Certes, ajoute-t-elle, «la formule laissait à désirer» puisque, selon elle, «il n’y avait pas de débouchés à la fin des 5 années que duraient ces emplois jeunes. Mais au lieu de les supprimer, on aurait mieux fait de les transformer et d’en faire un outil de présélection pour rentrer dans la fonction publique. Cela nous a sorti 350 000 jeunes du circuit», reconnaît-elle encore. «On pensait qu’ils seraient embauchés dans le secteur marchand». On a essayé, mais c’est très difficile, ajoute-t-elle. Politiquement, philosophiquement, le traitement social du chômage, on en a tous un peu ras-le-bol. On veut faire une «morale» de la politique de «croissance sociale» prônée par Dominique de Villepin. Il consiste à «redonner du pouvoir d’achat d’abord à ceux qui travaillent». «On a tellement empilé de dispositifs d’aide sociale les uns sur les autres, estime-t-elle, qu’objectivement plus d’un tiers des RMIstes n’ont pas intérêt à retrouver un emploi et cela grimpe à 90% pour les emplois à temps partiel. Un salarié qui reprend un Smic à mi-temps perd… 20 euros par mois par rapport aux aides qu’il peut toucher. Plus une famille est dans la misère, si elle a
la CMU , l’aide au logement, le téléphone, la cantine, etc., moins elle a intérêt à travailler» Il faut, a-t-elle souligné avec force, que reprendre un travail ne soit jamais défavorable pour le salarié.
Valérie Pécresse a évoqué beaucoup d’autres réformes à faire. Clarifier les formations (il faudrait une «vraie évaluation de la formation» et de « la carte des filières ») ; professionnaliser l’orientation ; réformer l’Etat, car on a trop de fonctionnaires qui n’ont plus de moyens. «La sur administration, c’est nous qui la générons en refusant de faire la réforme de l’Etat», a-t-elle dit.
Valérie Pécresse et Noël Clavelloux
*100 000 CNE signés à ce jour
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