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Le blog emploi de l'ESTACA

PROMOTION 2008 : LE TEMPS DES COMPROMIS

21 Octobre 2009, 14:26pm

Publié par Patricia VAUX


Désabusés, fatigués par des recherches d'emploi infructueuses, en perte de confiance, animés par des sentiments d'injustice, les jeunes diplômés ont le moral dans les chaussettes. C'est ce que vient confirmer une enquête qualitative menée par l'Association pour l'emploi des cadres (APEC) en juin 2009 auprès de recruteurs et de jeunes diplômés, dont "Le Monde Economie" publie les résultats en exclusivité.

L'APEC s'est intéressée à leur "perception croisée des outils et techniques de recherche d'emploi en période de crise". Il faut dire que la promotion des diplômés en 2008 connaît une entrée difficile sur le marché du travail. Neuf mois après leur fin d'études, ils étaient 32 % à rechercher un emploi : c'est neuf points de plus que ce qu'avait connu la promotion précédente.

Une situation attribuée à la crise. "On est les premiers touchés : nous, on ne nous embauche même pas !", insiste l'un des jeunes diplômés interrogés. Leur motivation est "largement mise à mal par la succession d'espoirs et de déceptions qu'ils traversent. Ils ne voient pas le bout du tunnel", souligne l'étude. Alors que la concurrence de la promotion 2009 est déjà là, beaucoup s'interrogent sur la meilleure manière d'acquérir de l'expérience à faire valoir dans un monde du travail "perçu comme hostile et qui ne donne pas aux jeunes diplômés la chance de faire leurs preuves".


De fait, les jeunes diplômés sont bel et bien les plus touchés. Dans un contexte de ralentissement économique, "les entreprises privilégient un recrutement dit "qualitatif" (...). Etant plus dans une logique de court terme, elles ont besoin de compétences directement opérationnelles et préfèrent limiter, voire éviter, le temps de formation des débutants", note l'étude. "Le marché est moins ouvert aux débutants, c'est vraiment la nouveauté de cette crise par rapport aux précédentes, commente
Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l'APEC. Les entreprises qui ne savent pas ce qu'elles vont devenir n'emmènent pas des jeunes avec elles, et elles ont besoin de personnes expérimentées pour résoudre les problèmes." Les cursus en alternance, eux, ont les faveurs de nombreux responsables des ressources humaines.


Certains diplômés préfèrent reporter leurs recherches. "Je pense reprendre une formation d'un an. Ça me permettra de faire quelque chose. Et puis, j'aurai quelque chose à dire sur ce que j'ai fait", note un diplômé. D'autres préfèrent opter pour l'étranger ou créer une entreprise. "Mais attention, le nombre de postes de volontariats internationaux va baisser aussi, avertit
Jacky Chatelain, directeur général de l'APEC. Et il est préférable de ne reprendre des études que si l'on sait clairement quelle double compétence sera un avantage sur le marché du travail." Certains diplômés, enfin, acceptent des postes qui ne correspondent pas forcément à leur niveau de qualification, "mais qui leur permettent de mettre un pied dans le monde de l'entreprise" ; des emplois choisis "en attendant", avec pour conséquence un effet de domino : des postes ouverts à des personnes moins diplômées sont désormais occupés par des bac + 4 et + 5 et en ferment l'accès pour les autres.


La crise a renforcé les inégalités entre les diplômés de l'université et ceux des grandes écoles. Pour ces derniers, "le bilan reste moins alarmant", constate l'étude, car ils ont fait davantage de stages ou disposent d'un réseau plus étoffé. Dans l'ensemble, les jeunes interrogés vivent leur situation de recherche d'emploi comme une "malchance conjoncturelle". La plupart se laissent porter par le sentiment que "c'est pour tout le monde pareil". Mais à en croire les employeurs, beaucoup pâtissent d'une "mauvaise anticipation" de la crise. C'est pour ceux qui sont passés par les grandes écoles et "se sont plus ou moins bercés d'illusions en 2008" que la chute a été la plus rude. "Je pensais vraiment qu'en sortant d'une école de commerce, je n'aurais aucun problème, et puis voilà où j'en suis, ça fait mal quand même", constate un jeune chercheur d'emploi.


Du côté de l'APEC comme des recruteurs, on invite les jeunes diplômés à "accepter de faire des concessions". "Le discours des écoles est complètement biaisé. Les écoles leur bourrent le mou en leur disant "vous faites une bonne école d'ingénieurs, il faut demander 37 000 euros à l'embauche et demander des postes de gestion de projet"", estime un responsable des ressources humaines d'une grande entreprise. Les recruteurs jugent les prétentions de certains profils - surtout issus de grandes écoles - "en décalage avec les réalités actuelles du marché".


A cela s'ajoute parfois le manque de professionnalisme de la recherche d'emploi. Les recruteurs insistent sur l'importance de développer une "utilisation intelligente des réseaux". Surtout, ils attendent davantage de personnalisation des projets professionnels, estimant qu'au cours de leurs recherches, la majorité des candidats ne mettent pas suffisamment en valeur leur motivation. "Je ne vois pas trop ce qu'on peut changer d'une candidature à l'autre dans une lettre de motivation", "je suis sûr que les recruteurs ne les lisent pas", affirment les diplômés interrogés par l'APEC. S'ils considèrent souvent la lettre de motivation comme "un outil désuet et sans grande valeur ajoutée", les recruteurs y voient un bon moyen de se démarquer et de "susciter la curiosité et l'envie".


"Quand on passe une annonce, une fois sur deux, je n'ai pas de lettre de motivation
, constate un responsable des ressources humaines. C'est pourtant un gros plus : je ne peux plus pénaliser les gens qui n'en font pas, mais celui qui en fait une sera peut-être plus valorisé."


Catherine Pétillon – Le monde du 20 octobre 2009

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