Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog emploi de l'ESTACA

LA CRISE REDESSINE LA CARTE DE L’EMPLOI

12 Octobre 2009, 17:28pm

Publié par Patricia VAUX

"En France le taux de chômage augmentera probablement à nouveau en 2010, et pourrait s'approcher de 11 % si la reprise tardait à venir", indiquait l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le 16 septembre, dans ses Perspectives de l'emploi. La baisse de l'emploi, moins marquée qu'au début de l'année, se poursuit. L'Insee recensait, le 9 septembre, 17,9 millions de salariés au deuxième trimestre, soit un repli de 2,1 % sur un an.

Mais, malgré la crise, des projets de création d'emplois d'envergure sont mis en oeuvre, notamment par des entreprises capables de profiter des nouvelles opportunités dans les secteurs de l'énergie, de l'agroalimentaire, de l'aéronautique... La hausse du chômage est d'abord la conséquence arithmétique de l'accroissement du solde négatif entre créations et destructions d'emplois, solde dont l'ampleur est en réalité extrêmement variable selon les régions.


France industrialisation et emploi (FI&E), cabinet de conseil spécialisé dans les restructurations, réalise dans le cadre d'une revue de presse permanente des annonces de création ou de destruction d'emplois en régions, une analyse du dynamisme des bassins d'emploi. "L'objectif est de définir les orientations optimales à donner aux projets de revitalisation", explique
Michel Ghetti, PDG de FI&E.

"Le Monde Economie" a ainsi pu dresser, région par région de la métropole, la carte des soldes entre création et destruction d'emplois intervenues entre le 1er janvier et le 31 août 2009.


Il ne s'agit pas d'un recensement exhaustif. Seules les entreprises de plus de 20 salariés de l'industrie et des services, les emplois en contrats à durée indéterminée ou déterminée (hors intérim) - celles qui pèsent le plus à l'échelon local - ont été retenues.

Seule exception, les suppressions d'effectifs des armées, retenues dans la veille FI&E, car leur impact sur la dynamique économique des régions s'avère très important. L'enquête n'affiche donc pas des volumes de créations d'emplois comparables aux 989 400 projets de recrutement recensés, par exemple, par Pôle emploi dans son enquête annuelle réalisée en collaboration avec le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc, BMO 2009), auprès des 1,55 million d'établissements affiliés à l'assurance-chômage.


L'enquête de FI&E met en lumière les fortes disparités régionales en matière de solde entre créations et destructions d'emplois. Certaines régions ont ainsi mieux anticipé que d'autres les reconversions et affichent un fort dynamisme en matière de créations d'emplois.

Ainsi la région Nord-Pas-de-Calais, et particulièrement le département du Nord, détruit beaucoup d'emplois, mais en créent aussi de nombreux, toute proportion gardée en période de crise. Le Nord est numéro deux de la destruction d'emplois par département, mais numéro un en matière de création.


Le Nord-Pas-de-Calais, comme la Lorraine qui garde la tête des régions les plus sinistrées juste devant la Champagne-Ardenne, n'ont pas achevé leur mutation économique. Tandis que la Moselle ne dispose pas encore de pôles d'excellence, le Nord a diversifié son offre sectorielle : pôle santé et vente par correspondance sur Lille, centres d'appels téléphoniques, recyclage des déchets... Les régions à dominante industrielle sont toujours les plus affectées. La vue d'ensemble des "Besoins en main-d'oeuvre 2009" de Pôle emploi annonçait déjà une baisse de 23,8 % des recrutements en 2009, l'effet de la crise étant particulièrement violent dans l'industrie. Les intentions d'embauche, communiquées fin 2008 par les entreprises pour cette enquête annuelle, étaient en recul de 47,9 % dans l'industrie manufacturière et de 46,8 % dans la construction, contre 14,3 % dans les services. La contraction de l'emploi salarié dans l'industrie s'est à nouveau accentuée au deuxième trimestre. Commencée dès le quatrième trimestre 2008, cette baisse aura représenté 143 800 suppressions de postes sur un an, constate l'Insee.


L'étude de FI&E confirme cette tendance lourde de l'évolution du marché du travail corrélée aux secteurs. Les départements dotés d'industrie à moins forte valeur ajoutée, et comprenant de nombreuses unités de l'armée, sont les plus exposés aux réductions d'effectifs. "Le Nord et l'Est sont davantage marqués par les réductions d'effectifs, notamment à cause de la restructuration des armées", indique l'étude. Sur un total de 1 175 annonces de réduction d'effectifs recensées par FI&E depuis janvier, 29,5 % des destructions d'emplois ont lieu dans les armées.


Ainsi l'Alsace, traditionnellement très dynamique en matière de créations d'emplois, devient la cinquième région la plus pénalisée par les suppressions d'emplois.

La région Lorraine, où le commissaire à la réindustrialisation Eric Pierrat est entré en fonctions le 1er juin, est celle qui subit le plus lourdement des restructurations d'envergure, à la fois dans l'industrie (sidérurgie, automobile et pétrochimie) et l'armée. Les réductions d'effectifs y représentent 1,12 % de sa population active.


Hors Ile-de-France, la Moselle est, en volume, le département le plus touché par les destructions d'emplois avec 9 124 emplois perdus depuis janvier sur un total de 12 201 dans l'ensemble de la région. "Une quarantaine de conventions de revitalisation sont en cours sur les quatre départements de la région", indiquait le 11 septembre M. Pierrat à l'agence de presse AEF.


Mais le plus pénalisant pour l'économie locale demeure la fermeture de sites d'activités. "Le maintien d'un site, même réduit, permet d'envisager une diversification de l'activité", constatent en effet les experts de FI&E.

Les 337 annonces de créations d'emplois recensées par la veille de FI&E correspondent à 22 000 nouveaux postes dans les 22 régions de France métropolitaine, dont 45 % correspondant à des extensions de sites et 55 % à des nouvelles implantations.


LE MONDE ECONOMIE du 28.09.09

Commenter cet article