Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog emploi de l'ESTACA

DES COACHS POUR JEUNES DIPLOMES AMERICAINS

3 Septembre 2007, 15:34pm

Publié par Patricia VAUX

Souvent mal préparés à aborder le monde du travail, de plus en plus de jeunes sortant de l'université veulent être épaulés dans leur quête d'un premier emploi.

Serrer la main avec assurance, poser sa voix, porter les vêtements adéquats en hiver comme en été, regarder droit dans les yeux sans arrogance, voilà le genre d'enseigenement que ne délivre pas l'université. Pour répondre aux questions des jeunes diplômés angoissés, des entreprises américaines les épaulent dans leur quête d'un emploi et surtout, les orientent vers les postes qui vont les satisfaire. Un nouveau débouché au pays des "coachs".

Les coachs aident les jeunes diplômés à se présenter aux employeurs non comme des étudiants accomplis mais comme des candidats qualifiés. Les outils utilisés vont des livres aux ateliers de rédaction de CV en passant par les exercices physiques de maintien et les défilés de business-mode. Les séances durent plusieurs mois, en groupe ou individuellement, par téléphone ou en face à face, dans un cadre privé mais aussi à la demande d'entreprises et même d'universités.

"Très concrètement, on les aide à se présenter aux employeurs", résume Emily MacLellan, fondatrice de Springboard Career Consultants, une entreprise newyorkaise spécialisée dans le "coaching" de jeunes diplômés. "Beaucoup n'ont pas compris que déposer un CV sur Internet n'était pas la bonne méthode", note-t-elle. Laura Katen, présidente de Katen Consulting, leader sur le marché de l'accompagnement de jeunes diplômés, travaille avec quinze coachs dotés chacun d'une spécialité : CV, lettres de motivation ou encore habillement et voix, mais, tient-elle à préciser, "les moyens de leur donner de faire bonne impression, c'est aussi les aider à trouver leur chemin".

Accoucheurs de vocations

"L'idée est de les aider à ce point de transition entre le monde des études et le monde du travail qui n'est pas toujours facile à vivre", explique Emily MacLellan. Les professionnels constatent que ces jeunes, au bagage intellectuel souvent plus conséquent que la moyenne, ne parviennent pas à identifier leurs points forts et leurs faiblesses. "D'une certaine manière, ils ont tellement appris qu'ils ont du mal à choisir une carrière", analyse Lindsey Polak, coach et auteur du livre "De l'université au métier : 90 conseils avant d'entrer dans la vraie vie". "Au lieu d'être compétents dans un domaine, poursuit-elle, ils sont entraînés à beaucoup de choses. Et ça peut être dur d'avoir trop de choix". Dans le maelström de connaissances et de métiers possibles, les coachs jouent donc aux accoucheurs de talents et de vocations. Un rôle censé placer le jeune diplômé à la bonne place et au bon moment.

"Il y a des talents cachés chez les gens, insiste Carol Ross, coach chez Carol Ross & Associates, et quand ils en prennent conscience, ils les utilisent et réussissent". Carol Ross, pour qui le coaching de jeunes diplômés reste une activité minoritaire - elle travaille proncipalement avec un public plus mûr - constate que c'est à la fois plus facile car "à leur âge, un petit conseil peut faire une grande différence dans leur orientation", mais aussi plus difficile parcequ'ils n'ont pas cette connaissance d'eux-mêmes sur laquelle on pourrait se baser pour trouver ce pour quoi ils sont faits".

Une génération très couvée

Christine Braathen, jeune diplômée en psychologie, aujourd'hui assistante du vice-président d'une compagnie de production, a travaillé avec Carol Ross de mars à juillet 2006 à raison de deux heures par semaine. Cela lui a permis "d'aller un peu plus profond dans [sa] personnalité et de devenir une emplyée plus complète". "Carol m'a fait apprendre des choses sur moi que j'aurais probablement découvertes un  jour, raconte-t-elle, mais qui m'ont été très utiles pour trouver un travail qui me correspond.

A l'unanimité, ces professionnels notent que les jeunes diplômés ressentent le besoin d'être épaulés. "Beaucoup de jeunes adultes d'aujourd'hui ont eu ce que j'appelle des "parents hélicoptères", analyse Laura Katen. Ces parents couvent leurs enfants, et le jour où leur progéniture doit faire un choix, elle n'en est pas capable. "Coach de carrière, coach de sport, coach de régime, aux Etats Unis, on veut tout le temps être heureux, ajoute amusée, Lindsey Pollak, et comme le travail c'est notre vie... Avoir un Career coach, c'est vouloir contrôler sa carrière et réaliser que demander de l'aide et des conseils est acceptable.

Pour William White, professeur de management à l'université de Northwestern, qui a été cadre dans une entreprise pendant plus de trente ans, "ce phénomène dépend beaucoup de la conjoncture. Si le marché du travail est dur, il est plus difficile de trouver un métier : les jeunes diplômés ne veulent donc pas se tromper". Cet enseignent, auteur de "Dès le premier jour", un ouvrage sur ce que les juenes doivent savoir dès leur premier 1er emploi, reconnaît qu'il est important d'avoir quelqu'un dans son entourage qui soit "une sorte de mentor mais gratuit !", un ami de la famille, comme il le conseille souvent à ses étudiants.

Services d'orientation débordés

De la même manière, Lindsey Pollak, qui ne pratique le coaching que dans le cadre d'universités, recommande toujours aux étudiants de "parler à quelqu'un de plus vieux" et organise des ateliers où elle leur apprend à poser les bonnes questions à leurs aînés.

Beaucoup de coachs spécialisés constatent que leur activité s'est développée car les services d'orientation des universités sont souvent débordés. Toutefois, le coaching pour jeunes diplômés reste une solution marginale. "Notre étude* montre que les étudiants qui ont un emploi à temps plein ont une tendance à davantage utiliser le service d'orientation de leur université et ses ressources que ceux qui se sont adressés directement à un employeur, commente Marilyn Mackes, directrice de la Nace (Association Nationale des Universités et des Employeurs). "Cela confirme la valeur ajoutée de tels centres, et pour les étudiants et pour les employeurs". Les méthodes peuvent même se compléter : certaines universités font ponctuellement appel, dans le cadre de séminaires et autres interventions, aux services de coachs privés.

(*)Selon cette enquête menée par la Nace sur Internet de Mars à Mai 2007, 52 % des étudiants qui occupent un emploi stable à temps plein déclarent être passés par le service d'orientation de leur université, tandis que 41 % d'entre eux disent avoir envoyé leur CV à partir du site Web du même service.

Article paru dans le Echos du 31 Août 2007, envoyé du bureau de New York

Commenter cet article