L'une des tables rondes organisées lors du salon des ingénieurs les 11 et 12 décembre derniers avait pour thème : "Valoriser sa
carrière par une expérience professionnelle à l'étranger".
L'APEC a mené une enquête sur ce sujet et il en ressort les constats suivants :
- 60% des demandes de compétences à l'international concernent le secteur de l'industrie.
- 70% des cadres pensent qu'il y a un réel intérêt à avoir une expérience à l'international afin d'optimiser le déroulement futur de sa carrière. Mais 25% estiment que cela dépend
de la spécialité dans laquelle ils exercent leur activité.
Ils soulèvent également la problématique de la gestion de la carrière du conjoint, ainsi que la scolarisation des enfants.
- Concernant le retour d'expatriation, 1/3 d'entre eux pensent ne pas revenir, 18% pensent revenir à long terme et 20% estiment revenir à moyen terme.
- Tous les cadres interrogés évoquent une inquiétude pour leur retour en France.
Ils appréhendent leur future qualité de vie en métropole, ils ont conscience que leur rémunération sera moindre et ils s'inquiètent des opportunités professionnelles qui s'offriront à eux
lorsqu'ils seront de retour.
- Parmi les cadres interrogés, 23% ont commencé leur carrière à l'étranger, et la moitié de la génération des 60/64 ans a eu au moins une expérience à l'étranger.
2 millions de français travaillent à l'étranger. Le premier pays à les accueillir est l'Espagne, notamment dans les secteurs de la R & D et l'informatique. Le deuxième pays recruteur de
cadres français est le Luxembourg qui recherche continuellemnt des conpétences en informatique. Viennent ensuite les pays de l'Est - Pologne, Tchéquie - et contrairement aux idées reçues, le
salaire alloué aux cadres français dans les pays de l'est tendent à égaler les salaires perçus en France.
- Une autre statistique est intéressante : 50 à 80% des expatriés qui rentrent en France changent d'employeur dans l'année qui suit leur retour.
La conclusion des participants à cette table ronde est que le retour dans le pays d'origine est plus problématique que le départ en expatriation. Le retour doit se préparer avant le départ. Il
faut anticiper les difficultés de réadaptation. Par ailleurs, il est fortement conseillé de garder contact avec la direction française ou la maison mère afin de ne pas se faire oublier.
Selon les DRH, une expérience trop longue à l'étranger pose un problème aux recruteurs français, ceux-ci évoquant la difficulté des cadres expatriés à se réadapter à la mentalité française et à
un environnement de vie généralement moins favorable que ce qu'ils ont pu connaître à l'étranger.
Pierre VELTZ, auteur du livre cité en référence, a donné une conférence à l'Ecole des Mines de Paris le 13 décembre.
Il s'agit d'un plaidoyer pour la modernisation des grandes écoles et non pas d'une approche critique comme a pu s'en faire l'écho la presse.
Selon lui, les grandes écoles souffrent d'une image traditionnelle et figée. Le dernier classement affiché par Shanghaï où aucune des grandes écoles françaises ne figure dans les 100 premières
mondiales a été un vecteur permettant une prise de conscience de la problématique des grandes écoles françaises dans le paysage mondial de l'enseignement supérieur.
Pierre VELTZ a orienté sa réflexion sur trois axes précis :
1 - La formation.
Nos grandes écoles dispensent une formation trop cartésienne. Une pédagogie orientée vers une approche plus concrète au
départ, puis évoluant ensuite vers une approche intuitive permettrait de mieux se positionner. L'enseignement supérieur en Grande-Bretagne propose une pédagogie basée sur le concret et non
pas sur l'intuitif. Notre formation dispensée dans les grandes écoles ne permet pas d'être créatif.
2 - La taille des écoles d'ingénieurs
La plupart des grandes écoles d'ingénieurs diplôment entre 100 et 300 ingénieurs par an. Passer à des promotions de 1.000 diplômés permettrait une plus grande visibilité au niveau de la marque,
notamment à l'international. Cela induirait également une dynamique interne du système, par une économie d'échelle (équipements coûteux), une économie de diversité (manque de diversité interne
laissant place à des croisements de disciplines), et enfin une capacité stratégique de déploiement sur des champs nouveaux.
3 - De la sélection à l'innovation
Les grandes écoles françaises sont des cabinets de recrutements de jeunes diplômés pour les
entreprises du CAC 40.
L'accès à la première année (après les classes prépas) n'a pas été élargie et de ce fait, les étudiants n'ont pas la possibilité de choisir leur master en fonction de leurs goûts ou de leurs
passions. On trouve donc sur le marché des ingénieurs à la tête "bien pleine" mais pas forcément "bien faite" pour aborder l'entreprise.
Le diplôme d'une grande école a plus de valeur qu'un diplôme de docteur en France. La vision de Pierre VELTZ est que l'internationalisation va réguler cet effet. Si l'on regarde les success story
aux Etats-Unis, elles concernent très souvent des non diplômés. Google en est un parfait exemple.
Quel sont les freins ? En France, on a besoin de modèles qui créent des réseaux. Les stages longs créent des flux vers l'industrie. Le système éducatif à la française ne favorise pas le goût
du risque. En effet, les très bons élèves sont les survivants d'un parcours mortel dans le cursus scolaire : il n'y a pas de droit à l'erreur.
Le profil d'un entrepreneur est très différent de celui du bon élève. Il est donc nécessaire de se déprogrammer pour vouloir entreprendre.
Il en résulte qu'il faut plus de diversité d'étudiants dans nos cursus (culturelle, sociale...). Le système américain est complètement opposé car il favorise la diversité : le recrutement dans
les universités américaines n'est pas basé sur l'excellence académique. On laisse la place à l'initiative, à la passion.
En conclusion, Pierre VELTZ pense que le processus de modernisation des grandes écoles induit un minimum de rupture :
- plus de recherche
- plus d'innovation
Ceci permettra une meilleure visibilité. Il faut créer une alliance objective entre l'enseignement actuel et les besoins des entreprises. L'objectif premier est de repositionner les grandes
écoles comme acteurs de l'innovation et de la recherche. Cela nécessite un changement d'état d'esprit. Nos grandes écoles ne sont plus les acteurs des grandes aventures technologiques,
contrairement au MIT par exemple.
Le clivage université/grandes écoles/ laboratoires de recherche est en mouvement, mais le regroupement global est loin d'être évident. Chacun a sa spécificité. Les megas structures ne sont pas
souhaitables. Il semble préférable de regrouper des partenaires proches, cela n'excluant pas le rapprochement avec les universités.
Le système "Master" n'est pas complètement exploité. Subsiste la nouvelle représentation que doit avoir une grande école. Pour l'auteur, la référence est une école du type Polytechnique Lausanne
ou l'université de Karlsruhe. Elles représentent à elles deux une puissance dans le paysage européen en termes de moyens de recherches, de moyens financiers, de structure.
En France, les étudiants issus des grandes écoles ont une surestimation de l'étiquette de leur école. Sur le marché, ce sont leurs compétences qui leur permettent d'accéder aux états majors des
grandes entreprises. L'internationalisation permet de dépasser ces représentations. La dénomination Master aide à désenclaver les diplômes des grandes écoles. On juge aujourd'hui sur
les résultats.
Dernier point : le corps enseignant des grandes écoles a le devoir d'étoffer le nombre des enseignants chercheurs et de multiplier ses laboratoires de recherche. Il faut atteindre une taille
critique en matière de recherche. Le corps enseignant doit également s'internationaliser. Ceci est incontournable.
Compte-rendu de la conférence dispensée le 13 décembre à l'Ecole des Mines de Paris par Pierre VELTZ, auteur du livre "Faut-il sauver les grandes Ecoles ? De la culture de la
sélection à la culture de l'innovation". Publié aux Presses de Sciences PO
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